Qui sont les nouveaux dirigeants de l’UE ? Josep Borrell en 3 points…

À l’âge de 72 ans, Josep Borrell va hériter du poste de Haut Représentant pour les Affaires étrangères européennes. Cette nomination à Bruxelles est une consécration pour ce brillant économiste catalan à la chevelure blanche qui a été en charge de la diplomatie étrangère sous le gouvernement de Pedro Sanchez après plusieurs années passées loin de la politique.

1. Un baron de la politique espagnole et européenne

Il est une figure rassurante de la politique espagnole et européenne. Josep Borrel fait partie de ces barons du Parti socialiste ouvrier espagnol. Il y est entré comme militant dans les années 1970 et a été ministre de l’ancien chef de l’exécutif Felipe Gonzalez à deux reprises.  Il est en couple depuis vingt ans avec l’actuelle présidente du parti socialiste espagnol, Cristina Narbona.

Josep Borrell est un fervent défenseur de l’unité espagnole, mais aussi un partisan convaincu de l’Europe. Il connaît bien les hautes instances de l’Union européenne. D’abord député européen, il a ensuite dirigé le Parlement européen entre 2004 et 2007. Sa nomination marque le retour de l’Espagne sur la scène européenne. C’est en tout cas de cette façon que le chef de l’exécutif Pedro Sanchez a salué le départ de son ministre.

2. Quelques faux pas

En mai 1999, un scandale de fraude fiscale impliquant deux de ses anciens collaborateurs au secrétariat d’Etat aux Finances, un poste occupé de 1984 à 1991, l’avait écarté de son destin national. Borrell s’était alors converti aux questions européennes.

Il a également dirigé l’Institut universitaire européen de Florence de 2010 à 2012, qu’il a quitté en raison d’un conflit d’intérêts qui lui a valu une amende de 30 000 €.

L’an dernier, il avait signé son retour aux affaires comme ministre des Affaires étrangères du socialiste Pedro Sanchez.

3. Ses aptitudes et aspirations politiques

Josep Borrell a su se rendre indispensable auprès du chef du gouvernement espagnol et avoir mené avec succès la liste du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) aux élections européennes. Avec plus de 32 %, sa liste obtient vingt sièges, loin devant la droite conservatrice du Parti Populaire (20 % et douze sièges).

Déjà diplomate puisqu’il est l’actuel ministre des Affaires étrangères espagnoles, le premier défi pour le nouveau chef de la diplomatie européenne sera notamment de concrétiser une aspiration à une « autonomie stratégique » pour l’Europe.

Peu adepte de la langue de bois, Borrell a été très actif ces derniers mois sur le dossier vénézuélien (le président Nicolas Maduro et l’opposant Juan Guaido s’y disputent le pouvoir depuis janvier) et s’est montré régulièrement critique de l’administration Trump, accusée notamment de jouer les « cow-boys » dans le pays latino-américain. Il est connu pour son verbe libre, qui lui a déjà valu à Moscou des explications tendues avec les autorités russes.  Ce rejet de la langue de bois pourrait lui faire défaut à son nouveau poste, ou, au contraire, réveiller la fonction diplomatique européenne.

Le premier dossier dans lequel Josep Borrell devrait se plonger rapidement est celui de la politique migratoire. Il a plusieurs fois critiqué l’immobilisme de l’Union dans ce domaine.

Petits rappels

Quel est le rôle du Haut représentant pour les Affaires étrangères européennes ?

Le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité est chargé de mener la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). A ce titre, il est la voix de l’Union européenne en matière de politique étrangère et la représente dans ce domaine.

Les fonctions du haut représentant de l’Union sont définies aux articles 18 et 27 du traité sur l’Union européenne (TUE) selon lesquels le haut représentant :

  • conduit la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union ; contribue par ses propositions à l’élaboration de cette politique et l’exécute en tant que mandataire du Conseil, et assure la mise en œuvre des décisions adoptées dans ce domaine ;
  • préside le Conseil des Affaires étrangères ;
  • est l’un des vice-présidents de la Commission. Il veille à la cohérence de l’action extérieure de l’Union. Il est chargé, au sein de la Commission, des responsabilités qui incombent à cette dernière dans le domaine des relations extérieures et de la coordination des autres aspects de l’action extérieure de l’Union ;
  • représente l’Union pour les matières relevant de la politique étrangère et de sécurité commune, conduit au nom de l’Union le dialogue politique avec les tiers et exprime la position de l’Union dans les organisations internationales et au sein des conférences internationales ;
  • exerce son autorité sur le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et sur les délégations de l’Union dans les pays tiers et auprès des organisations internationales.